La fédération QPC a décidé de serrer le boulon, les cartons tombent à un rythme inédit depuis quelques journées. En cause, une nouvelle offensive contre l'usage des intelligences artificielles pendant les matchs. Une stratégie qui répond à un vrai problème mais dont l'application soudaine soulève forcément des questions: comment ces décisions se prennent-elles, sur quelles bases, avec quelle marge d'erreur?
Une chose est sûre: la fédération frappe fort. Reste à voir si elle frappe juste.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. En quinze journées de première phase de L1, la fédération n'avait sorti que deux cartons rouges, une rareté qui frôlait presque l'exception. Il n'aura fallu que trois journées de la seconde phase pour dépasser ce total: trois rouges, trois verts, déjà. Un rythme que rien, dans les journées précédentes, ne présageait.
C'est encore plus frappant en divisions inférieures où la saison dernière, la Liga 2 et la Liga 3 n'avaient vu la couleur d'un carton rouge pas plus de 5 fois. Cette saison, en quatre journées à peine, la Liga 2 en est déjà à cinq, dont un retiré presque aussi vite qu'il avait été distribué. Du côté de la Liga 3, 4 cartons rouges dont un requalifié en vert et un autre annulé, et deux cartons verts.
Pourtant rien de tout ça n'est le fruit du hasard. Contactée, la fédération explique avoir mis en place de nouvelles stratégies pour repérer les joueurs qui utilisent l'intelligence artificielle pendant les matchs, un phénomène qu'elle dit prendre très au sérieux. Cette flambée de cartons n'est donc pas un dérapage. Sur le papier, d'ailleurs, les règles encadrant ces sanctions existent depuis longtemps et sont plutôt précises.
L'article 44.1 stipule qu'un carton vert sanctionne une suspicion de tricherie, un jaune un dérapage verbal ou un comportement jugé inapproprié, et un rouge une tricherie avérée. Le texte renvoie ensuite à un règlement séparé, censé préciser les modalités d'attribution. Celui-ci distingue bien les deux cartons qui nous intéressent ici: le vert vise les cas où la fédération n'a pas de preuve à 100%, une réponse qui ressemble à s'y méprendre à ce que produirait une IA, sans certitude absolue sur son origine. Le rouge, lui, suppose un joueur surpris en flagrant délit de tricherie.
Mais ce même règlement s'accorde aussi une large marge d'appréciation. La durée de suspension après un carton rouge varie ainsi "selon qu'il avait déjà été averti d'un carton vert, selon qu'il est le capitaine ou selon la fédération". Un carton rouge, enfin, peut être adressé "à tout moment", pendant ou en dehors d'un match, "si la fédération juge les faits reprochés très aggravants". Autant de formulations qui laissent, en creux, une bonne part de la décision finale entre les mains de la fédération elle-même.
Reste la question du fameux vote évoqué par le PDG. À ce sujet, la fédération précise qu'il ne s'agit pas d'un vote au sens propre, mais d'une concertation entre ses membres, activée lorsque la tentative de triche n'est pas immédiatement évidente. Chaque membre donne alors son avis, sur la base de recherches approfondies sur les similitudes entre la réponse donnée et le libellé de la question, toujours en accord avec le règlement. Une procédure donc plus structurée qu'elle n'y paraissait de l'extérieur, même si les critères précis, eux, restent encore peu connus du public, de quoi laisser place aux rumeurs.
D'ailleurs deux cas, à une journée d'écart, ont particulièrement fait parler. D'abord le capitaine d'Aksyonè, soupçonné de tricherie, à en juger par les informations dont dispose le public, on s'attendait donc à un simple vert, mais il écope d'un rouge. La journée suivante, une situation qui ressemble fort à la précédente se présente, cette fois autour de l'ancienne capitaine des Élites. Après ce qui venait de se passer avec Aksyonè, tout le monde ou presque s'attend à un nouveau rouge. Elle s'en tire avec un vert.
Vu de l'extérieur, ça surprend, forcément. Mais le règlement rappelle que la différence entre les deux cartons tient au niveau de certitude. Encore faut-il que cette nuance soit visible pour ceux qui regardent, qui eux ne voient que le verdict final, sans savoir ce qui l'a motivé. Deux décisions opposées peuvent très bien reposer sur deux niveaux de preuve différents, sauf que tant que ces preuves restent dans les tiroirs de la fédération, le doute, lui, reste bien à l'extérieur.
D'autres cas sont venus alimenter la même question. Une joueuse des Mousquetaires, par exemple, dont la réponse à un thème est tombée dans le thème suivant, écope d'un carton rouge et se fait expulser sur-le-champ. Elle sera réintégrée un peu plus tard, le temps que ses coéquipiers prouvent qu'il s'agissait tout bêtement d'un problème de réseau. Un scénario qui rappelle furieusement celui du joueur d'Omniscience: carton donné, puis retiré quelques secondes après, une fois la preuve d'innocence sur la table. Là-dessus, la fédération a son explication: certains cartons rouges tombent sur des cas jugés évidents et ne peuvent plus être annulés ensuite, tandis que d'autres, plus flous, passent par une vérification en temps réel, une sorte de VAR interne à la fédération, ce qui explique ces retournements.
Reste que ces deux cartons, aussi vite corrigés qu'ils sont tombés, laissent une question en suspens: sur quoi reposait au juste la certitude nécessaire pour les délivrer dans l'urgence ? Si l'erreur a pu se produire deux fois, sur des cas où la preuve est arrivée à temps, rien ne dit qu'elle ne s'est pas glissée ailleurs, sur des cartons jamais contestés faute d'avoir eu, cette fois, une preuve sous la main à temps. Et pendant que Triangle se démenait pour prouver l'innocence de sa joueuse, plusieurs questions ont été posées le temps que l'expulsion soit levée. Une erreur reconnue et corrigée, certes, mais l'équipe n'a-t-elle pas payé pour un tort qui n'était pas le sien ?
Et cette incertitude commence déjà à se ressentir bien au-delà des cas isolés, car trois capitaines ont déjà écopé depuis le début de ce déferlement, sans qu'aucun ne réagisse publiquement, ni pour contester, ni pour commenter.
Et sur la durée, l'enjeu dépasse largement quelques journées de compétition car ce doute, même partiellement levé par les explications de la fédération, pourrait tout de même finir par se retourner contre l'objectif recherché. Ces cartons devaient rendre la triche plus risquée, plus coûteuse, dissuasive. Mais tant que le public n'a accès qu'au verdict, sans les preuves qui le justifient, certaines décisions continueront de sembler tenir du hasard plutôt que du fait établi, et la sanction, elle, y perdra en force de dissuasion. Pire, elle pourrait devenir une couverture. Un tricheur aguerri, de ceux qui savent depuis longtemps contourner les règles sans se faire prendre, pourrait profiter de ce climat de doute pour avancer plus tranquillement. Si le public lui-même ne sait plus démêler les cartons mérités des cartons contestables, la critique perd sa force, et la honte qui devrait accompagner une sanction s'évapore avec elle. Une sanction bien fondée, mais mal comprise, risque donc de produire, d'une certaine façon, l'inverse de ce qu'elle visait.
Au bout du compte, ce ne sont pas les cartons eux-mêmes qui posent problème, mais tout ce qui les entoure. Reste à savoir si la fédération saisira l'occasion de clarifier ses règles et prise de décisions, ou si elle laissera le doute continuer à faire, lui aussi, son propre carton.
Rédigé par: Betchaïna GENARD
QPC-MAG






